02.02.2008
Election présidentielle de Serbie et Hongrois de Voïvodine : résultats et enjeux
Demain dimanche 3 février 2008 aura lieu le second tour de l’élection présidentielle en Serbie, pays dans lequel vivent 300.000 Hongrois, au Nord de la Voïvodine.
Lors du premier tour de l’élection présidentielle serbe, le Président sortant Boris Tadić (36% des voix), le « pro-occidental », et l’ « ultra-nationaliste » Tomislav Nikolić (40%) qui sont arrivés en tête du premier tour et s’affronteront lors d’un second tour qui s’annonce particulièrement serré.

Nous laisserons de côté les considérations dont nous abreuvent les médias français et internationaux qui sont davantage préoccupés à abrutir les masses et influer de l’extérieur le résultat du scrutin plutôt qu’à informer, et voudraient résumer le second tour à un combat entre le gentil et le méchant. Depuis avril 2002, la méthode des « journalistes » français est rodée…
Intéressons-nous plutôt, puisque cela concerne le HVIM, aux enjeux liés à la minorité hongroise de Voïvodine (300.000 personnes), qui avait un candidat lors de ce premier tour, en la personne de István Pásztor.
Pásztor a reçu 2,27% des suffrages, soit 93000 votes. Alors que les listes hongroises aux élections législatives de janvier 2007 ne recueillaient que 70000 suffrages. Cette différence s’explique par plusieurs phénomènes : une participation plus importante, le rassemblement de l’ensemble des partis hongrois autour de la même candidature, et un léger soutien des autres minorités de Voïvodine.
Pásztor s’était en effet présenté comme le candidat des Hongrois mais des minorités de façon plus générale, bien que la plupart des partis des minorités avaient officiellement annoncé leur soutien à d’autres candidatures.

L’objectif de cette candidature était avant tout de faire la promotion de l’autonomie des Hongrois de Voïvodine, qui peuplent majoritairement le nord de cette province. Voici quelques points du programme de Pásztor :
- La résolution pacifique de la question du Kossovo, avec en particulier le respect des droits des non-albanais qui habitent dans la Province en leur accordant l’autonomie ethnique. Il faudrait appliquer l’autonomie ethnique dans toute la Serbie afin d’assurer les droits minoritaires de tout les groups ethniques.
- La suppression du service militaire obligatoire et la création d’une armée professionnelle.
- La réparation des préjudices subis au cours de l’histoire, tels que la privation des propriétés ou les emprisonnements injustes.
- L’intégration européenne de la Serbie
- Une meilleure représentation politique des minorités
- Le respect de la Constitution, qui interdit le changement agressif de la structure ethnique du pays et des différentes régions.
- La promotion de l’autonomie pour les Hongrois de Voïvodine.
- La modification des départements, qui coupent artificiellement les communautés hongroises pour que la représentation des hongrois soit affaiblie.
Il faudrait notamment que les villes de Ada, Csóka, Kishegyes, Magyarkanizsa, Óbecse, Szabadka, Topolya, Törökkanizsa et Zenta soient regroupées en une communauté de communes.
- Une véritable décentralisation avec un élargissement des pouvoirs de la Voïvodine : création d’un pouvoir judiciaire et législatif pour la Voïvodine, et renforcement de l’autonomie financière de la région.
Ce programme semble avoir convaincu les Hongrois de Voïvodine, qui ont majoritairement voté pour leur candidat, alors que les scrutins précédents en Serbie montraient que des parts de plus en plus importantes de Hongrois votaient pour des partis politiques serbes.
En ce qui concerne le report des voix au second tour, Pásztor n’a pas donné de consignes de votes et laisse donc libres ses électeurs de choisir entre Boris Tadić et Tomislav Nikolić.
Il est probable que les minorités ethniques de Voïvodine votent majoritairement pour Tadić, de peur qu’une victoire de Nikolić ne contribue à l’isolement diplomatique de la Serbie (dont les minorités, notamment hongroise croate ou slovaque ne veulent pas), à la guerre ou à une dégradation de la situation déjà précaire des minorités.
Certains voudront y voir là, avec sincérité ou avec malhonnêteté, la main de l’étranger (Soros et compagnie) qui instrumentalise les minorités contre les nationalistes serbes représentés par Nikolić.
Rappelons toutefois à ce sujet ce qu’avait déclaré Vojislav Seselj, président du Parti Radical Serbe, dont Nikolić est le candidat à cette présidentielle : « Aux Slovaques, nous donnerons deux sandwiches, aux Hongrois nous donnerons un sandwich », signifiant que les minorités ethniques avaient vocation à être expulsées (fussent-elles autochtones depuis un millénaire comme les hongrois), et que les Slovaques auraient deux sandwich au lieu d’un car la Slovaquie est plus loin que la Hongrie.
On comprend dès lors l’appréhension des minorités de Serbie vis-à-vis des nationalistes du Parti Radical.
D’ailleurs, le jour du scrutin du premier tour de la présidentielle, des tags anti-slovaques ont été tagués sur les murs d’une municipalité de Voïvodine peuplée de slovaques, avec pour slogan « Ceci n’est que le premier avertissement »

Dans ces conditions, peut-on demander aux minorités d’être masochistes ?
Quelle que soit l’issue de la présidentielle et du dramatique conflit du Kossovo qui semble être un prélude à l’islamisation de l’Europe, il sera nécessaire que soit appliqué aux minorités ethniques de Voïvodine ce que les Serbes veulent légitimement pour leurs propres compatriotes du Kossovo, à savoir le respect des droits et de l’identité des personnes et le respect du patrimoine (architecture, Eglises orthodoxes) par les albanais devenus majoritaires en raison de leur immigration massive vers la province serbe du Kossovo.
Il n’est pas encore trop tard pour réconcilier les peuples européens pour qu’ils soient prêts à se rassembler face aux menaces qui pèsent sur l’existence même de leur civilisation.
01:55 Publié dans En dehors de la Hongrie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : serbie, voivodine, politique, nikolic, tadic, kosovo, hvim




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